Les syndicats américains et l’élection de Barack Obama

Publié le par Philip J. Jennings

Cette semaine, la crise économique mondiale s’est aggravée, obligeant les autorités financières américaines à voler au secours de l’une des plus grandes banques multinationales, la Citibank, et à prendre de nouvelles mesures extraordinaires pour injecter 800 milliards de dollars de liquidités dans le système financier mondial. UNI lutte pour que les travailleurs aient leur mot à dire dans la façon dont les gouvernements traitent la crise, tant aux plan national qu’international. UNI collabore avec les autres Syndicats mondiaux et la CSI pour modeler la réponse du G20 à la crise. Cette semaine, UNI était au Forum de stabilité financière, dont le siège est à Bâle, afin de plaider pour une réglementation plus ferme du secteur financier. Comme je l’ai mentionné au FSF, le système réglementaire actuel ressemble à un fromage d’Emmenthal, il est « criblé de trous». UNI Finance demande instamment à la Citibank de réagir de manière responsable à la crise, en prenant des mesures pour préserver l’emploi et s’engager dans un dialogue avec les syndicats de ses travailleurs.

Le premiers signes émanant du Président élu, Barack Obama, sont encourageants. Une importante initiative de redressement économique, visant à préserver 2,5 millions d’emplois, est en cours d’élaboration et devrait entrer en vigueur au début janvier. Les conseillers progressistes et pro-syndicats sont bien représentés dans les premières décisions prises pour la composition de la nouvelle administration. Le nouveau Congrès américain devrait se prononcer sur la réforme de la législation du travail (Employee Free Choice Act (ECFA) – Projet de loi du libre choix des travailleurs) au début de l’année prochaine. UNI collabore avec ses affiliés américains pour mondialiser le soutien à l’initiative EFCA. Grâce aux résultats des élections américaines au début du mois, il y a des raisons d’espérer que le changement vienne.

Le 27 novembre, les travailleurs américains et leurs familles ont fêté Thanksgiving (jour d’action de grâce) aux Etats-Unis. Entre autres, ils doivent être reconnaissants au mouvement syndical américain. Ainsi que l’a exprimé notre Président, Joe Hansen, au récent Comité exécutif mondial d’UNI, les affiliés américains d’UNI - qu’ils soient membres de la centrale AFL-CIO ou de la fédération « Change to Win » - peuvent s’attribuer une grande part de mérite dans l’élection historique de Barack Obama. Alors que sa marge globale de victoire se situait à 52-46 pour cent, Obama a obtenu les votes des ménages syndiqués (67-30 pour cent) et près de 80 pour cent des syndiqués sont allés voter (contre 63% de l’ensemble des électeurs). Dans les Etats pouvant basculer dans un camp ou dans l’autre (les « swing states »), remportés par George Bush aux deux précédentes élections (Ohio, Indiana, Floride, etc.), les électeurs syndiqués ont été l’élément déterminant dans la victoire d’Obama. Les électeurs syndiqués ont également fait la différence dans les élections au Congrès car les Démocrates ont gagné 7 sièges au Sénat et des dizaines de sièges à la Chambre des représentants.

Les affiliés américains d’UNI ont fait le maximum pour gagner l’élection. Plus de 250'000 militants syndicaux ont travaillé à la campagne 2008 des syndicats pour inciter les gens à aller voter. Au cours des deux derniers mois, ils ont envoyé 56 millions de lettres aux électeurs syndiqués, se sont rendus dans 14 millions de foyers syndiqués, ont organisé des événements pour 28 millions de travailleurs sur les lieux de travail et passé 75 millions d’appels. Le jour de l’élection, des volontaires ont parcouru le pays pour conduire des électeurs aux urnes, distribuer des tracts politiques, surveiller les bureaux de vote et téléphoner aux adhérents syndicaux pour qu’ils aillent voter.

Maintenant les syndicats américains et les affiliés d’UNI des pays du G20 doivent s’organiser pour faire en sorte que la promesse de changement devienne réalité. Il n’y a pas de temps à perdre. Entre aujourd’hui et le 2 avril, lorsque le Sommet du G20 se réunira au Royaume-Uni, nous devons faire pression sur nos gouvernements pour restaurer l’équilibre réglementaire du système financier mondial, réformer les institutions de Bretton Woods afin de les rendre plus démocratiques et plus favorables aux travailleurs, renforcer la capacité des travailleurs à se syndiquer et à négocier collectivement, et reconstruire des filets de sécurité sociale dans chacune des nations du G20. Nous tiendrons un Sommet syndical avec le FMI et la Banque mondiale en janvier et nous nous employons à présent, en coopération avec les syndicats mondiaux, à préparer le prochain sommet du G20 en avril. Vu l’importance accordée à la réglementation financière, nous veillerons ce qu’UNI Finance puisse contribuer de manière significative.

Nombreux étaient ceux qui doutaient que l’Amérique puisse élire Barack Obama. Nos affiliés des Etats-Unis ont répondu « Yes we can», « oui, nous le pouvons ». Maintenant nombreux sont ceux qui doutent que nous soyons capables de remodeler l’économie mondiale de manière à ce que les intérêts des travailleurs priment sur les intérêts financiers. Nous aussi, nous devons répondre. « Yes we can ». 


Philip J. Jennings
General Secretary
UNI Global Union
Av. Reverdil 8-10
1260 NYON, Switzerland

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