régionalisation Marocaine

Publié le par Omar Mahmoud Bendjelloun

La politique de régionalisation Marocaine dans l’architecture continentale méditerranéenne

   

Paru au journal « Le Soir » du 16/12/2008

 

 

La mondialisation oriente l’action des Etats en dehors des territoires traditionnels, impliquant plusieurs transformations sous l’influence des politiques d’intégration régionale et  une organisation interne qui œuvre pour des seuils territoriaux pertinents et des politiques urbaines efficientes. A titre d’exemple, l’agglomération, devant représenter un centre de commandement économique sous forme de pôle de compétitivité, peut raccorder les territoires à l’international sans avoir une influence directe sur le développement de sa périphérie. Dans un objectif de cohésion, l’Etat devra procéder à l’adaptation de son ordre institutionnel et administratif afin d’atténuer la fracture territoriale. Les aspects de cette adaptation s’inscrivent dans l’organisation simultanée d’un double mouvement territorial : d’abord le déclenchement du processus d’élargissement qui est animé par des enjeux économiques et sociopolitiques, dont l’expérience européenne s’érige en référence universelle. Toutefois ces repères peuvent conduire à un mimétisme qui met en conflit les ordres transposés avec les réalités structurelles des pays en développement. Ensuite l’ouverture territoriale, qui est aussi le moyen de s’affranchir des velléités sécessionnistes exposées aux manipulations géopolitiques, doit entamer un processus de réorganisation interne en faveur de l’émanation d’un nouveau droit des territoires. « Le dialogue » entre le local et le global provoque donc la mutation de l’Etat à travers des processus de décentralisation dans lesquels se conjuguent diverses formes du droit. Dans l’objectif de solidarité des espaces, aux enjeux de la concurrence s’ajoute une gestion publique des biens de nécessité, vu que l’équilibre entre l’intérêt collectif et le marché sont difficilement réalisables, et que le débordement de l’action publique central n’implique pas à fortiori la mise en œuvre des mécanismes de régulation au niveau local. Considérant que la reconstruction territoriale détermine l’emprise des Etats sur leurs territoires et leurs capacités d’intervention dans les champs politique et économique, l’évolution de l’organisation spaciale et le dépassement des frontières étatiques ne sont pas synonymes d’affaiblissement de l’Etat. Si le renforcement des Etats tient à l’évolution de la dynamique externe crée par les processus de regroupement régionaux, le réaménagement interne serait donc un facteur d’optimisation des potentialités territoriales. Dans ce sens le Maroc veut entamer une réorganisation au niveau de ses régions, notamment celle du Sahara, pour pouvoir accélérer la concrétisation de l’Union du Maghreb Arabe et répondre aux exigences continentales qui nécessitent la libération de champs favorables au développement. En interaction avec la question du Sahara, le Maroc s’intéresse à l’approche politique de la régionalisation qui consacre une autonomie différenciée selon les spécificités et les potentialités régionales. L’Espagne, le Portugal notamment par rapport aux Acores, l’Angleterre concernant l’Ecosse, le Pays de Galle ou l’Irlande du Nord, ou la France dans la Nouvelle Calédonie ou la Corse, sont autant d’expériences qui peuvent inspirer, du point de vue du développement, une réflexion globale sur la pertinence des seuils régionaux par rapport à la nouvelle architecture continentale. Des projets structurels d’envergure peuvent dégager des niveaux territoriaux pertinents. Ainsi l’aménagement du littoral méditerranéen marocain par le projet portuaire Tanger Med nourri  la concurrence euro-méditerranéenne par rapport à l’arc latin, et développe une approche économique de la régionalisation avec une possibilité de cristallisation des identités locales. Ce choix structurel illustre l’adaptation de l’Etat au double mouvement territorial qu’engage la réalité mondiale, à savoir une ouverture concrète sur l’économie internationale et un processus de redynamisation interne légitimé par l’importance géostratégique de la région nord-marocaine. Les aspects politiques et économiques du processus de régionalisation, par rapport au projet d’autonomie du Sahara et l’aménagement structurel des territoires, permet au Maroc d’être un acteur important dans la nouvelle architecture continentale méditerranéenne. Les politiques de régionalisation, en réponse à des considérations de pacification politique et de développement économique, permet cette interaction entre les politiques de régionalisation intérieures et extérieures qui auront des incidences certaines sur la construction du pôle méditerranéen en tant que région souveraine, aux côtés des USA, de la Russie, de la Chine et de leurs périphéries. Les politiques de régionalisation, issues d’une forme traditionnelle de gouvernance, devront s’adapter au caractère multipolaire qui caractérise la société mondiale, établir un Maghreb des régions avant d’imposer un espace méditerranéen commun.  

 

 

Omar Mahmoud Bendjelloun

Docteur en droit économique de l’Université de Nice Sophia Antipolis

Doctorant en sciences politiques de l’IEP d’Aix en Provence

 

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