Forte mobilisation à la grève dans la Fonction publique

Publié le par presse

Al Bayane 11 02 2009

Selon les données préalables : Forte mobilisation à la grève dans la Fonction publique

L’appel à la grève observée par les quatre centrales syndicales (UMT, FDT, ODT et UNTM) a été largement suivi indiquent les données préliminaires. La décision du gouvernement de généraliser les retenues sur salaires pour grève n’a pas eu l’effet escompté. «L’acharnement» du gouvernement n’a pas pu dissuader les grévistes qui ont fait preuve d’une grande détermination indique un responsable syndical.
Plus de 1500 fonctionnaires affiliés aux centrales syndicales sus mentionnées ont participé au sit-in organisé hier entre 9 H 30 et 11 devant le ministère de la modernisation des secteurs publics, déclare le secrétaire adjoint de la fédération nationale du secteur agricole affiliée à l’UMT. Selon lui, la date du 10 février 2009 est désormais considérée comme une phase de transition dans l’action syndicale. Et d’expliquer que l’acharnement médiatique du gouvernement qui a annoncé sa décision d’opter à des prélèvements sur salaire pour grève à la veille du débrayage nationale n’a pas dissuadé la détermination du personnel de l’Etat qui a répondu massivement au mouvement de protestation observé hier mardi à l’échelon national. Une évaluation préalable limiterait l’effet de la décision gouvernementale à a peine 20%, souligne M. Hakech.
Ce responsable syndical estime que l’appel à la grève est justifié du moment que la négociation avec les pouvoirs publics est au point mort et qu’aucune avancée n’a été enregistrée depuis le début en octobre dernier du deuxième round du dialogue social. Il considère que la revalorisation de 10% des salaires des fonctionnaires engagée en avril 2008 a été anéantie par le renchérissement du coût de la vie et l’intensification des tensions inflationnistes. Pire encore, dit-il, le statut de la fonction public qui date de 1958 ne prend en considération aucune évolution ni économique ni sociale. De même pour le système des salaires, l’article 288 du code pénal et des conventions internationales. Aujourd’hui le gouvernement veut stigmatiser les revendications syndicales même celles qui ne sont pas financières, constate Hakech. Et lui de conclure que l’attitude du gouvernement risque de créer un climat social inapproprié pour les élections professionnelles et que même à la veille des élections communales, l’appel à la grève reste justifié.
Pour sa part, Abderrahmane Azzouzi, SG de la FDT confirme une large mobilisation à la grève notamment dans les secteurs de l’enseignement, la santé, la justice, les finances, l’artisanat, l’agriculture et les collectivités locales. De son avis, l’approche du gouvernement ne résout pas le problème mais au contraire le complique. Décider de généraliser les retenues sur salaires pour grève est une pratique irresponsable qui porte atteinte à un droit constitutionnel. La grève n’est pas une absence du travail non justifiée mais bien une forme de protestation, d’où la non applicabilité de l’approche comptable fondée sur le principe du salaire en contrepartie du travail, relate Azouzi. Le gouvernement rétorque-t-il, évoque à chaque fois les résultats du 1er round du dialogue social et refuse de répondre positivement au cahier revendicatif inscrit à l’ordre du jour du 2ème round, notamment la hausse des salaires, la suppression des échelles allant de 1 à 5, la promotion exceptionnelle, l’indemnisation pour perte d’emploi...
Pour Kabaj Arabi de l’UGTM, l’appel au débrayage n’est pas justifié tant que le dialogue social se poursuit. C’est une grève politique, affirme-t-il, qui vient à la veille des élections communales prévues en juin 2009. Fairouz El Mouden



AujourdHui le maroc 11 02 2009

Les retenues sur les salaires des grévistes suscitent la polémique

Après avoir brandi la menace des retenues sur les salaires des grévistes du secteur public, le gouvernement passe aujourd’hui à l’acte. Cette décision est qualifiée d’«arbitraire» par les syndicats.
Le gouvernement a décidé de généraliser les retenues sur salaires à tous les grévistes au niveau du secteur public et des collectivités locales. Après avoir brandi la menace des retenues sur salaires, le gouvernement passe aujourd’hui à l’acte. De quoi attiser la colère des grévistes et des centrales syndicales. «L’argent que l’Etat verse à ses fonctionnaires et agents provient des deniers publics. La grève non justifiée constitue une perte pour la Trésorerie du Royaume», indique Mohamed Abbou, ministre délégué chargé de la Modernisation des secteurs publics, dans un entretien accordé à ALM (Voir page 4). Après la grève du 27 janvier dernier, des centrales syndicales ont appelé de nouveau à observer une journée de grève dans les administrations publiques, semi-publiques et les collectivités locales, hier mardi 10 février. Ce débrayage devait être suivi d’une manifestation et un sit-in devant le ministère de la Modernisation des secteurs publics. Annoncée la veille de cette grève, la décision sur les retenues sur salaires est qualifiée d’«arbitraire» par les syndicats. «Les retenues sur salaires constitueraient une démarche arbitraire. C’est une violation flagrante du droit syndical», affirme Abderrahmane El Azzouzi, secrétaire général de la FDT (Voir page 4). Toucher les salaires des grévistes mettra-t-il fin à ces mouvements de protestation? Rien n’est sûr. «Notre grève est une réponse au blocage du dialogue social. Nous avons recours aux grèves pour faire valoir nos revendications légitimes», indique M. El Azzouzi. À l’heure où le gouvernement veut relancer la consommation en interne en révisant l’impôt sur le revenu, les retenues sur salaires viennent freiner cet élan. Faudrait-il désormais trouver d’autres moyens d’exprimer un malaise social? Les syndicats sont-ils prêts à entamer leur mise à niveau? «Le dialogue social a besoin de s’ériger en vrai débat entre toutes les composantes de la société marocaine», estime un analyste avant d’ajouter: «pour faire face à la crise, le gouvernement, les syndicats et le patronat doivent changer d’approche en matière de dialogue social». Atika Haimoud

 

Abderrahmane El Azzouzi : «La Constitution garantit le droit à la grève»

Abderrahmane El Azzouzi, secrétaire général de la Fédération démocratique du travail, qualifie d’«arbitraire» la décision du recours aux retenues sur les salaires des grévistes.
ALM: Le gouvernement estime que la grève n’a pas de justification et que l’Etat est tenu de respecter les dispositions législatives en vigueur, concernant les retenues sur salaires. Que répondiez-vous à cela?
Abderrahmane El Azzouzi:
Les retenues sur salaires n’apportent pas de solution mais un problème de plus. La menace de recourir à ces retenues sur salaires n’est pas nouvelle. Les déclarations du ministre délégué chargé de la Modernisation des secteurs publics, Mohamed Abbou, menaçant les grévistes, n’ont d’ailleurs eu aucun effet sur notre démarche. D’après les premiers constats, notre grève a réussi dans les secteurs de l’enseignement, la santé, la justice, les finances, l’agriculture et l’artisanat. Les menaces n’ont donc pas atteint leur objectif. Par ailleurs, l’Etat  ne procèdera pas à des retenues sur salaires. C’est contraire à la loi fondamentale. L’article 14 de la Constitution garantit ce droit. Les retenues sur salaires constitueraient une démarche arbitraire. C’est une violation flagrante du droit syndical. Certes, une loi organique qui organise le droit de grève n’a pas encore vu le jour. Mais l’Etat doit respecter les libertés syndicales.
Selon le gouvernement, une grève non justifiée constituerait une perte pour la trésorerie du Royaume à partir du moment où le travailleur s’absente de son travail. Qu’en pensez-vous?
Le droit à la grève demeure garanti. La journée de grève n’est pas une absence. La loi a bien délimité la notion d’absence. Le droit de grève relève de la contestation et non pas de l’absence.
En plus de l’augmentation des salaires, le gouvernement a décidé d’augmenter les allocations familiales et la réduction de l’Impôt sur le revenu. Que revendiquez-vous de plus?
Nous avons toujours revendiqué l’institutionnalisation du dialogue social et la fixation de la date de ce dialogue. Effectivement, le gouvernement a décidé de tenir deux sessions par année. La session d’avril et celle de septembre. En plus, le gouvernement aurait accepté que l’ordre du jour des sessions soit établi à travers les propositions des syndicats, du patronat et du gouvernement. Le Premier ministre Abbas El Fassi avait déclaré, lors de l’ouverture de la session de septembre, que toute question qui sera proposée par n’importe quelle partie sera inscrite à l’ordre du jour. Au départ, nous étions satisfaits de cette affirmation mais il n’en fut rien. Nous avons constaté l’absence du patronat du secteur privé. En plus, le gouvernement refuse le dialogue et rejette l’augmentation des salaires.
Mais le gouvernement prévoit la généralisation de l’augmentation des salaires?
Je vous précise à ce sujet que c’est le gouvernement qui avait décidé lors de la session d’avril 2008 une augmentation des salaires. Le gouvernement fait appel aux résultats de la session d’avril 2008 pour répondre à nos revendications actuelles. À rappeler que les augmentations de 2008 ont été accompagnées d’un renchérissement de la majorité des produits de base. Donc, une nouvelle augmentation s’avère incontournable.
Le gouvernement estime que la grève est devenue une fin en soi et non pas un moyen pour atteindre des objectifs légitimes?
Nous avons toujours déclaré que nous n’aimons pas les grèves mais nous y sommes contraints. Notre grève est une réponse au blocage du dialogue social. Nous avons mis le gouvernement au courant de nos revendications. Ce dernier refuse le dialogue. Nous faisons recours aux grèves pour faire valoir nos revendications légitimes. Bachir HAJJAJ

 

Mohamed Abbou : «L’Etat a le droit d'opérer des retenues sur salaires»

Le ministre délégué chargé de la Modernisation des secteurs publics, Mohamed Abbou, estime que le recours par le gouvernement aux retenues sur les salaires des grévistes ne contredit pas le principe du droit à la grève.
ALM: Qu’est-ce qui explique la décision du gouvernement de procéder à des retenues sur les salaires des grévistes?
Mohamed Abbou:
Le gouvernement est tenu de respecter les dispositions législatives en vigueur. Les retenues sur salaires font partie des règles qui doivent être respectées et appliquées. L’argent que l’Etat verse à ses fonctionnaires et agents provient des deniers publics. La grève non justifiée constitue une perte pour la trésorerie du Royaume. À l’instar du secteur privé, l’administration ne peut payer une journée chômée sans raison valable. Partout dans le monde, on applique la mesure des retenues sur salaires dans des conditions similaires. Il est important de rappeler que la justice s’est prononcée sur cette question. Il existe des décisions de justice qui confirment que les retenues sur salaires dans ce genre de cas ne constituent pas une contradiction avec les principes généraux de droit. La grève est certes un droit, mais l’Etat est également en droit de procéder à des retenues sur salaires touchant les fonctionnaires et les agents grévistes. L’époque de l’indulgence absolue au sein de l’administration est révolue.
Cette décision est-elle conforme au principe du droit à la grève?
La grève est garantie par la Constitution. En l’absence d’un texte réglementant l’exercice de ce droit, on se réfère aux décisions rendues par les tribunaux du Royaume. Les retenues sur salaires ne contredisent nullement le principe du droit à la grève. Il s’agit tout simplement d’appliquer la règle comptable qui veut que le paiement du salaire n’intervienne qu’après exécution totale du travail par le salarié.
Les centrales syndicales qui ont appelé à la grève expliquent le recours à la grève par le blocage du dialogue social. Qu’en pensez-vous?
Le gouvernement n’a pas renoncé au dialogue social. En plus de l’augmentation des salaires, le gouvernement avait décidé d’augmenter les allocations familiales. La réduction du taux de l’Impôt sur le revenu s’ajoute aux deux précédentes mesures. Ce sont des mesures importantes et significatives qui auront un impact positif sur les revenus des fonctionnaires et des agents de l’Etat. Je tiens à préciser que lors du deuxième round du dialogue social, le gouvernement a pris en considération les propositions des centrales syndicales et décidé de réduire l’échéance de l’augmentation des salaires de 2012 à 2010. Le gouvernement a prévu pour cette année une indemnisation en faveur des fonctionnaires qui travaillent dans les zones reculées et enclavées. Cette mesure coûtera à l’Etat 1 milliard de dirhams. Les centrales syndicales qui ont appelé à la grève ont complètement oublié que cette grève porte préjudice aux citoyens. Leurs intérêts sont liés aux différentes administrations. User du droit de grève de manière excessive fait perdre à ce droit sa valeur et sa finalité.
Les centrales syndicales déplorent le rejet de toute augmentation de salaire par le gouvernement. Que répondez-vous à cela ?
Je rappelle que le gouvernement a décidé l’augmentation des salaires l’année dernière. Cette mesure commence à donner ses fruits et la plupart des fonctionnaires et des agents de l’Etat ont vu leur pouvoir d’achat s’améliorer. Certains syndicats ont revendiqué une augmentation de 30%. Il est inconcevable et inadmissible de revendiquer une augmentation trop élevée. La grève est devenue pour certains une fin en soi et non un moyen pour atteindre des objectifs légitimes. Nous avons pris un nombre d’engagements et nous les honorerons. Une partie de ce que le gouvernement s’est engagé à faire est déjà concrétisée. C’est ce qui importe le plus.
Les retenues sur salaires

Le gouvernement a décidé de généraliser les retenues sur salaires à tous les grévistes au niveau du secteur public et des collectivités locales. Le ministre délégué chargé de la Modernisation des secteurs publics, Mohamed Abbou, a souligné, lundi, à la chaîne de  télévision nationale «Al Aoula» que le gouvernement est tenu aussi bien au respect et à l'application de la loi, qu'à la nécessité de concilier le droit à la grève, garanti par la Constitution et le droit d'opérer des retenues, également autorisé par la loi. «Le droit de retenue est garanti sur une base comptable fondée sur le principe du salaire en contrepartie du travail», a expliqué M. Abbou, notant que le gouvernement a pris cette décision pour défendre le droit des citoyens à la scolarisation, aux soins et à toutes les autres prestations.  Mounir Siraj


 

Publié dans Actualité

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