Total : 14 milliards de profit et 555 emplois détruits

Publié le par Alexandra SCHWARTZBROD

Total : 14 milliards de profit et 555 emplois détruits

 

A Londres.


Par Alexandra SCHWARTZBROD - Londres

«Scandaleux.» Une fois n’est pas coutume, les salariés de Total en colère ont utilisé le même mot, hier, pour exprimer leur indignation devant les deux plans sociaux annoncés simultanément par le groupe pétrolier : un premier plan dit «de consolidation» de la pétrochimie qui entraîne la suppression de 306 postes d’ici à 2012 dans ce secteur, dont 130 sur le site de Gonfreville (Seine-Maritime) . Et un second dit «d’adaptation» du raffinage en France, qui se traduira par la suppression de 249 postes d’ici à 2013, dont 199 sur le même site de Gonfreville.

 Pourquoi ces plans seraient-ils plus scandaleux que tous ceux annoncés en cascade depuis le début de l’année dans l’automobile ou le textile ? Parce que Total a explosé toutes les prévisions en annonçant pour 2008 le plus gros profit jamais réalisé par un groupe français, à 13,9 milliards d’euros, en hausse de 14 % sur un an. Un profit qui rend indécente la moindre annonce de plan social.

Il est clair que l’image de Total, en plein procès AZF, n’avait pas besoin de ça. Le groupe pétrolier en est conscient. Alors que l’annonce de ses plans sociaux provoquait l’émoi général, il publiait un communiqué cocorico titré : «Total projette d’investir en France plus d’un milliard d’euros pour adapter et consolider ses activités raffinage et pétrochimie et poursuivre son développement dans le solaire.» Un texte dans lequel il met l’accent sur les 1 000 emplois annuels générés par ces investissements d’ici à 2011.


«Moderniser»


«Il n’y aura aucun licenciement sec, ces plans s’appliqueront uniquement par des mesures d’âge et des reclassements internes. Il s’agit essentiellement de moderniser l’outil pour le pérenniser», expliquait-on hier soir au siège du groupe. Il est vrai que les raffineries françaises, majoritairement productrices d’essence, s’avèrent aujourd’hui mal adaptées à un parc automobile de plus en plus équipé en moteurs diesel. Le gazole représente désormais 75 % des ventes de carburant en France et 7 nouvelles voitures sur 10 sont dotées d’un moteur diesel, une tendance que Total - premier acteur du secteur en France avec 6 raffineries et la moitié de la production - a semble-t-il mal anticipé.

La France se trouve donc contrainte d’importer le tiers de sa consommation de gazole et d’exporter 30 % de sa production d’essence sachant que le débouché américain se referme sous l’effet de la crise. Dans la pétrochimie, le problème serait lié à des surcapacités en France du fait de projets qui se réalisent au Moyen-Orient. Pendant ce temps, hier, le cours du pétrole se raffermissait, à 45,33 dollars le baril à Londres.


Libération


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