Livre

Publié le par M'HAMMED BAHAOUBIRA

L'ENFENT QUI VIEN DU DESERT (suite.../...)
 M'HAMMED BAHAOUBIRA
      A la maison, il démonte tous les appareils pour voir ce qu’il y a à l’intérieur. Il en détraque certains et en détériore même quelques-uns. Il n’y en a pas beaucoup d’ailleurs, fort heureusement ou malheureusement, cela dépend de quel coté on est. Un réveil, un réchaud à pétrole, une lampe à acétylène, une torche électrique et le mousqueton de son père. Heureusement il n’y a pas de cartouches. Il est tout le temps en train de bricoler quelque chose. Ses mains sont toujours couvertes de petites blessures, témoins de sa frénétique activité. La trousse à outils est constamment en désordre. Son père, après l’avoir grondé ‘’ pour la forme’’, la remet en ordre et lui dit de ne plus y toucher. Le lendemain Hmmidi recommence. Quand il a besoin d’un instrument, il renverse la trousse, étale son contenu par terre, prend ce dont il a besoin et abandonne le reste, ou bien, rarement, remet le tout en vrac dans la musette au désespoir de son père.
     Avec l’avènement de l’électricité grâce à l’installation d’un groupe électrogène au village, il essaye de fabriquer un réchaud électrique comme il en a vu dans une boutique. Pour ce faire, il fabrique une petite nappe en enchevêtrant des fils de cuivre fins nus, laisse un morceau libre et confectionne au bout un semblant de prise en repliant le fil plusieurs fois, et enrobe le tout dans du plâtre. Croyant avoir réussi, il court le risque de s’électrocuter, branche son artifice et grille le fusible. Du même coup il n’y a plus de lumière dans la maison. Effrayé, il court voir son voisin Lahbib, enfant de son âge, que ses frères et sœurs plus jeune appellent par respect : «  Bouba Hbi », pour lui venir en aide. Il ne le trouve pas chez lui. On lui dit qu’il est allé faire cuire le pain chez le boulanger du village. Il va à sa recherche, le trouve sur le chemin du retour, et lui raconte ce qu’il vient de faire. Doctement celui-ci lui dit : «Tu as fait sauter les plombs. Il faut les remplacer par un fil de fer d’un tamis »
-         Qu’est ce que c’est «  les plombs » Demande Hmmidi intrigué.
-         La petite boite blanche qu’on voit près du plafond, et dans laquelle passent les fils électriques.
-         A quoi sert-elle ?
-         A couper le courant ! Lui répond Lahbib qui a gardé son air savant.
-         Pourquoi couper le courant ?
-         C’est comme ça l’électricité, mon vieux !
-         Ah ! bon, et que faut-il faire pour réparer cela ? Demande Hmmidi de plus en plus désemparé.
-         Il faut trouver un tamis avec lequel on tamise la farine avant de la pétrir, en extraire un fil et le mettre à la place des plombs, c’est tout !
-         Tu sais le faire ?
-         Oui, mais j’ai peur de l’électricité, tiens, voilà le mokhazni Sidi Moh qui vient de ce coté, vas lui demander de t’aider.
Hmmidi va à sa rencontre et lui dit : «  Bonsoir, que la paix soit sur vous Oncle Sidi Moh »
-         Bonsoir ! Dit-il d’un air étonné. J’ai l’impression qu’il y a quelque chose qui ne va pas ! Il n’est pas de ton habitude d’aborder les gens ! Tu es plutôt distant et timide, qu’y a-t-il donc de si important, mon fils ?
-         Oncle, j’ai grillé les plombs de la maison, pouvez vous, s’il vous plait, les réparer avant la nuit sinon il n’y aura pas de lumière ce soir chez nous et mon père n’est pas là, il est en détachement à Tadighoust.
Le Mokhazni les répare en prélevant des fils fins de cuivre du ‘’ chef d’œuvre’’ de Hmmidi, et, après s’être renseigné sur la cause de la panne, lui conseille vivement de ne plus recommencer parce que c’est très dangereux, lui dit-il, qu’il pourrait même en mourir. « Oui, ajoute Lahbib en hochant la tête. L’électricité fait exploser les gens ». Et depuis, il ne s’approche des appareils électriques qu’avec d’infinies précautions. Pourtant, plus tard, ces mêmes appareils deviendront sa passion, son ‘’violon d’Ingres’’
      Haddou, son camarade de classe, est fils de Caïd. Il vient d’une annexe dont la localité est distante d’une vingtaine de kilomètres, chef lieu du commandement de son père, et vit à l’internat de l’école. Il a une très belle bicyclette pour adulte, une ‘’Pneu ballon’’ toute neuve, c’est un luxueux luxe, si l’expression est permise. Elle est trop grande pour lui mais il s’y accomode. C’est le rêve de tout enfant de son âge. Il passe tout son temps à pédaler, à se promener, à se griser de vitesse. Cela compense, peut être, pour lui l’ivresse des pirouettes dont est capable le chat ? Avoir une bicyclette n’est pas à la portée de n’importe qui, c’est un signe de richesse, et bien sûr, il n’a pas le temps de penser à autre chose. Il a tout ce qu’il désire. Il ne rêve pas. L’argent lui permet d’atteindre ce que son corps est incapable de réaliser, la griserie de la vitesse par exemple. Il n’a pas le temps de s’ennuyer non plus, pense Hmmidi. Il va en colonies de vacances à la mer chaque été moyennant cinq cents francs. Pour Hmmidi, il n’en est pas question, non seulement cela coûte trop cher pour la maigre solde de son père qui est de sept mille cinq cents francs par mois. Son père aurait consenti facilement au sacrifice car il ne peut rien lui refuser, mais aussi et surtout à cause du veto de sa mère. Elle répond toujours à la demande de son fils : «  Nous n’allons pas acheter la mort avec cent douros ». (Un douro ou un rial vaut cinq francs. Un kilogramme de viande coûtait à l’époque deux cents francs, quarante douros).
-         Mais maman, est ce que je vais mourir si je vais en colonies ? Objecte Hmmidi.
-         Oui, tu iras à la mer, elle va te happer et t’engloutir ! Dit-elle parce qu’elle n’a jamais vu la mer et ne sait pas à quoi elle ressemble. Pour elle, c’est un monstre dangereux.
                                                       à suivre .../...
                                                                    Partie III

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