Une saison humide en perspective avec le retour des précipitations au Maroc
Des phénomènes atmosphériques assez violents, avec chutes de grêle d'une intensité remarquable, des orages de forte intensité, des crues et des inondations dévastatrices, ont caractérisé l'arrivée de l'automne 2008 au Maroc, provoquant des morts et d'importants dégâts dans plusieurs régions.
Les conditions climatiques à l'origine de ces phénomènes, qui ont commencé à se développer depuis 2007, devraient persister pendant toute la saison d'automne 2008 et se poursuivre en hiver ; ce qui se traduira par une année humide au niveau national, affirme le Pr Mohammed-Saïd Karrouk, du Centre de recherche de climatologie, l'Université Hassan II, Casablanca.
Selon le Pr Karrouk, les conditions atmosphériques régnantes depuis septembre 2007 au niveau planétaire soumettent l'espace géo-climatique marocain à des conditions de fraîcheur, caractérisées par des températures atmosphériques modérées, des anomalies négatives de pressions, des anomalies positives des températures des eaux superficielles (SST) de l'Océan Atlantique et de la Méditerranée Occidentale, et par le retour des précipitations en Afrique du Nord et en Europe du Sud-Ouest. Ces précipitations, rappelle-t-il, ont déjà causé des inondations et des dégâts en automne 2007 en Espagne, en Algérie et en Tunisie. Le Maroc était épargné par rapport à ses voisins, malgré que les pluies printanières aient laissées quelques dommages légers et dispersés.
Toujours selon ce climatologue, les mêmes conditions continuent à se renforcer jusqu'à nos jours et devraient persister jusqu'à août 2009. Elles se manifestent par des précipitations orageuses précoces et brutales à travers le Maroc et qui devraient se poursuivre pendant l'actuelle saison automnale. Les premières inondations (Imintanoute, El Hajeb, Tinghir, Oujda, Nador, Fnideq) ne sont-elles que des prémices ?
Dans une étude sur le changement climatique et le retour des précipitations au Maroc , le Pr Karrouk explique qu'au courant de l'année 2006, un événement El Niño est apparu au Pacifique et on s'attendait par conséquent à une sécheresse au Maroc pour l'hiver 2007. Effectivement, il n'a pas plu en l'hiver 2007 malgré que les SST au large du pays fussent excédentaires par rapport à la normale. Les précipitations ne se sont réalisées qu'au printemps 2007. Cet événement 2006-2007 n'a pas été observé depuis au moins 20 ans ; la période pendant laquelle l'océan et l'atmosphère sont surveillés systématiquement par des satellites spécialisés tels que SeaSat, Topex-Poseidon, Jason et EnviSat. Il s'est avéré que le phénomène ne s'est pas réalisé selon les scénarios habituels. En effet, au lieu que El Niño atteigne son apogée en décembre 2006, un renversement de tendance s'est réalisé par le retour à la normale. Au courant de l'année 2007, le phénomène a poursuivi son évolution vers l'autre extrême négatif, la Niña , et qui continue de persister jusqu'à maintenant.
Toujours selon le Pr Karrouk, cette situation s'est manifestée par des tempêtes et des inondations dans notre région en automne 2007 ; d'abord en Ibérie, puis en Afrique du Nord (Algérie et Tunisie). Et le Maroc était protégé par une dorsale aérienne qui n'a pas permis aux précipitations automnales de se réaliser pendant cette période, Dieu merci. Il a fallu attendre le printemps pour que la pluie revienne au Maroc , et elle était brutale dans quelques endroits. Cette année 2008, on a remarqué une absence des vagues de chaleurs pendant l'été, voire même un rafraîchissement, mais la température moyenne de septembre restait quand même élevée.
Pendant cette période de l'année, et dans les conditions précitées, on assiste à l'installation d'un régime de circulation atmosphérique dit « de transition » entre l'été et l'hiver. Ce régime se caractérise par l'apparition des centres dépressionnaires en Méditerranée Occidentale et en Atlantique du Nord-Est, et le balancement du régime de la circulation d'Ouest vers le Sud sous forme d'une circulation méridienne. Ce balancement s'effectue sous la forme ondulatoire qui instaure des échanges Sud-Ouest Nord-Est, et Nord-Ouest Sud-Est qui balaient l'Afrique du Nord et l'Europe de Sud-Ouest, laissant ainsi se réaliser une transformation énergétique souvent sous forme d'averses, et qui pourraient causer des inondations dangereuses ; c'est le cas des évènements de l'automne 2007 en Algérie et en Tunisie et de fin septembre 2008 au Maroc. Ces conditions climatiques, indique le climatologue, devraient persister pendant toute la saison d'automne et se poursuivre en hiver ; ce qui devrait nous donner une année humide au niveau national.
Les conditions océaniques régionales de ce régime climatique se caractérisent par l'apparition des SST présentant une anomalie chaude ; ce qui facilite l'échange thermique vertical positif entre l'océan et l'atmosphère, et permet à cette dernière de véhiculer une quantité énorme d'humidité qui se transforme en pluie torrentielle en cas d'averses, qui deviennent plus fréquentes dans ces conditions. Ces événements météorologiques sont aujourd'hui connus des scientifiques, et peuvent être suivis et prédits grâce aux techniques spatiales et au savoir faire qui devraient servir comme outil d'aide à la décision pour les décideurs de notre pays, en vue d'une planification efficace contre les risques d'insécurité environnementale et sociale pour un développement durable, souligne le Pr Karrouk.
S.E.A.
Edité le: mardi 7 octobre 2008.
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Dr. Mohammed-Saïd KARROUK