Le Littoral maroacain : Crime Ecologique

Publié le par Rachid Tarik

Le littoral est un bien public, fragile et très menacé. Constitué d'une variété de reliefs et riche en zones humides, ce territoire, vu sa position stratégique, est devenu un espace majeur du développement : urbanisation, tourisme et industries.

«Rien que pour le Grand Casablanca, il existe 1.964 unités industrielles qui déversent leurs effluents directement dans la mer via sept collecteurs, soit 80 % de l'industrie de cette région, selon des chiffres de la Lydec. On y trouve toutes sortes d'industries à fort potentiel polluant dont la chimie et la parachimie, l'agroalimentaire, la mécanique et la métallurgie et enfin le textile et le cuir. Ces collecteurs reçoivent des charges en matière polluantes industrielles de l'ordre de 891.693 kg/j et domestiques d'environ 315.282 kg/j, sans parler des 152.997kg/j de matières en suspension, (produits solides insolubles présents dans le liquide)», indique le rapport «Sensibilisation et création d'un cadre politique favorisant l'intégration de l'environnement et du développement avec l'accent sur la gestion intégrée des zones côtières» réalisé en mars 2007 pour le compte du Programme d'actions prioritaires à court et moyen termes pour l'environnement de la Commission européenne (SMAP III).

Pour faire face à cette dégradation, un Fonds de dépollution industrielle (FODEP) a été créé en partenariat avec la coopération technique allemande (GTZ), mais son bilan reste faible. Sur 90 projets présentés au FODEP, seuls 19 ont été agréés dans la région casablancaise. Qu'est-ce qui explique ce désintérêt des industriels pour ce dispositif ?

«Les rejets des eaux des industriels dans la mer ne sont pas couverts par la ‘'loi sur l'eau''. Ils relèvent, en revanche, de la ‘'loi sur le littoral'' qui tarde à voir le jour», répond Christine Léger, gérante de la société Phénixa, spécialisée dans l'environnement. Selon des experts, cette loi est le dernier souci des décideurs et ne verra le jour que lorsque les enjeux seront déterminés. « Personne ne se soucie du littoral. On continue toujours à le considérer comme un déversoir. Il ne figure même pas dans l'agenda gouvernemental.

Quant à la cellule du littoral, elle a été combattue», explique Brahim Ziani, directeur de la réglementation et du contrôle au secrétariat d'Etat chargé de l'Eau et de l'Environnement. Pour rappel, cette cellule, créée au sein du département de l'Environnement en 2003 dans le cadre du projet MedWestCoast, qui vise la sauvegarde des écosystèmes côtiers et des zones humides de la région méditerranéenne, a organisé une journée en mars 2005 sur le littoral réunissant plus de 200 participants durant laquelle a été présentée une réflexion sur la stratégie nationale sur le littoral. Autre danger qui guette cet espace maritime, le pillage illégal du sable. Sur plus de 160 points de prélèvement recensés, quelques-uns semblent officiellement autorisés. Résultat de cette exploitation non autorisée : de nombreuses plages se sont appauvries et certaines mêmes ont disparu. Des études sur un échantillon de 47 plages analysées montrent que 7 ont disparu et 19 sont soumises à une forte dégradation.

Dans la région d'Al Hoceïma, l'érosion touche les trois quarts du bassin versant du Nekkor. Cette dégradation de l'environnement a un prix. Selon une étude de la Banque mondiale en 2000, il est estimé à environ 1,5 milliard de dollars, la partie littorale y est représentée par quelque 170 millions de dollars.
Face à cette situation alarmante et à l'approche du « Jour de la côte », célébré partout dans le monde le 24 octobre sur le thème «Gestion durable des plages», des associations du Nord ont adressé une lettre au Premier ministre Abbas El Fassi. «Différents pays autour de la Méditerranée ont adopté une loi du littoral pour tenter de protéger leurs côtes et ne pas refaire les mêmes erreurs d'urbanisation qui ont été commises pour un développement non durable du tourisme.

Le département de l'Environnement dans le gouvernement sortant avait déposé un projet de loi sur le littoral au secrétariat général du gouvernement et qui est encore en souffrance depuis 2003», indique Najib Bachiri, coordinateur de l'«Ecolo plate-forme du Maroc Nord ». Toujours dans le cadre de cette journée de la côte, l'«Espace de solidarité et de coopération de l'Oriental » (ESCO), organisera, le 25 octobre à la Chambre du commerce, de l'industrie et des services à Oujda, un séminaire sur le thème «Tous ensemble pour sauvegarder les côtes de la Méditerranée».
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Gestion durable des plages

Le «Jour de la côte » est un événement unique dans le monde et la Méditerranée.
Il est célébré cette année sur le thème «Gestion durable des plages».
Cette occasion est destinée à attirer l'attention des politiques et du public sur le fait que la côte a une grande valeur et sur la nécessité d'utiliser une approche intégrée pour l'aménagement et la gestion de la côte.

Ce rendez-vous annuel est une célébration de la vie sur la côte. C'est un jour dédié à la protection de l'environnement naturel de la côte et à son interaction avec la culture humaine et avec les activités socio-économiques. Ce jour est consacré à la célébration de la beauté des côtes : la côte en tant que foyer de la moitié de la population mondiale, en tant que destination pour la plupart des touristes, en tant que source d'inspiration, de création et enfin la côte en tant qu'enjeu important pour le fameux «style de vie côtier». Enfin, le “Jour de la côte'' est consacré à projeter l'avenir des côtes tel que nous le souhaitons. Même si la célébration centrale de ce jour aura lieu le 24 octobre, la semaine entière sera marquée par l'organisation des activités et événements consacrés à cet espace maritime.

 

 

 

 

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Par Rachid Tarik | LE MATIN

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